ETUDE ECOLOGIQUE DES MACROINVERTEBRES AQUATIQUES ET DES POISSONS DANS LA ZONE DU PROJET DE FEKOLA ET ANACONDA (MALI)
Au nom de B2Gold, Earth Systems entreprend une étude de l’écologie aquatique de base de la saison humide sur la rivière Falémé. B2Gold possède un certain nombre de permis adjacents à la rivière Falémé dans le cercle de Kéniéba de la région de Kayes. Earth Systems a engagé le professeur Karamoko Diarra de l’UCAD de Dakar pour aider à ces études de base.
C’est dans ce cadre que s’inscrit cette étude qui, certainement va renforcer le niveau de connaissance sur l’état des habitats et des populations ichtyofauniques et entomofauniques de la Falémé.
La campagne d’échantillonnage réalisée du 18 septembre au 6 octobre 2016 au niveau de six (06) stations répartis dans la Falémé (affluent du fleuve Sénégal) et ses canaux de drainage (SW1, SW5, SW7, SW8, MN_SW12 et MN_SW16) a permis de recenser au total 213 genres de macroinvertébrés appartenant à 70 familles, issues de 16 ordres et de 04 classes entomofauniques. Cependant, en considérant l’estimation de Jackknife, on peut dire que la zone (Fékola et Ananconda) compte environ 293 taxons (niveau genre).
Au regard de la richesse, les Insectes sont les macroinvertébrés les plus représentés dans la zone d’étude du point de vue taxonomique et comptent 13 ordres (soit 81,1% des ordres de macroinvertébrés de la zone), 65 familles (soit 93,0% des familles de macroinvertébrés de la zone) et 208 genres (soit 97,7% des genres de macroinvertébrés de la zone). Les Arachnides et les Crustacés sont représentés chacun par 01 ordre (soit 6,3% des ordres de macroinvertébrés de la zone), 02 familles (soit 2,8% des familles de macroinvertébrés de la zone) et 02 genres (soit 0,9% des genres de la zone d’étude). Quant aux Mollusques gastéropodes, ils sont représentés par 01 ordre (soit 6,3% des ordres de macroinvertébrés de la zone), 01 famille (soit 1,4% des familles de macroinvertébrés de la zone) et 01 genre (soit 0,5% des genres de la zone d’étude).
La zone d’étude compte 24 taxons (familles) de base pour la notation SASS5: Atyidae, Potamidae, Dytiscidae, Gyrinidae, Hydrophilidae, Elmidae, Ceratopogonidae, Chironomidae, Culicidae, Ephydridae, Baetidae, Caenidae, Heptageniidae, Leptophlebiidae, Belostomatidae, Corixidae, Gerridae, Notonectidae, Veliidae, Thiaridae, Gomphidae, Libellulidae, Perlidae, et Lepidostomatidae. Elle compte aussi 21 taxons pour le calcul de l’IBGN : Curculionidae, Dytiscidae, Hydrophilidae, Ceratopogonidae, Chironomidae*, Culicidae, Baetidae*, Caenidae*, Heptageniidae*, Leptophlebiidae*, Corixidae, Gerridae, Notonectidae, Veliidae, Apidae, Braconidae, Mirmicidae, Gomphidae, Libellulidae, Perlidae et Lepidostomatidae.
Du point de vue de l’abondance, les insectes (1e rang) sont les macroinvertébrés les plus abondants dans la zone d’étude avec 99,66% de l’entomofaune. Par ordre, les Trichoptères représentent 36,48% des insectes de la zone d’étude. Viennent ensuite les Éphéméroptères (24,40% des insectes), les Coléoptères (17,83% des insectes), les Hémiptères (10,22% des insectes) et les Plécoptères (4,85%). Ces cinq (05) ordres concentrent 93,79% des insectes de la zone d’étude.
Les genres sont dominés par: Philonthus (6,66%), Neoperla (4,84%), Pteronemobius (2,13%), Rhagovelia (1,63%), Naboandelus (1,60%), Potamodytes (1,29%), Heterocerus (1,28%), Nephotettix (1,22%), Micronecta (1,08%) et Nysius (0,92%).
Du point de vue spatial, les insectes sont ubiquistes et les sites les mieux adaptés pour eux sont par ordre d’importance: SW12 (abrite 33% des insectes), SW1 (abrite 20% des insectes), SW16 (18%), SW8 (17%), SW5 (8%) et SW7 (4%).
Les Crustacés occupent le 2e rang par ordre d’abondance avec seulement 0,18% de l’entomofaune. Caridae est le seul ordre répertorié et est représenté par la communauté des Potamidae (93,33% des crustacés) et des Atyidae (6,67% des crustacés). Les crustacés ont été rencontrés que dans le site SW8.
Les Arachnides occupent le 3e rang en termes d’abondance dans la zone d’étude avec 0,12% des macroinvertébrés de la zone d’étude. Aranea est le seul ordre répertorié et est représenté essentiellement par la communauté des Labidognatidae (90,0% des arachnides). Les Arachnides sont plus communs à SW7 qui concentre 70,0% des effectifs.
Les Mollusques gastéropodes occupent le 4e rang des groupes entomofauniques présents dans la zone d’étude en termes d’abondance et concentrent 0,05% des macroinvertébrés de la zone d’étude. Les Mésogastéropodes constituent le seul ordre répertorié et sont représentés exclusivement par la famille des Thiaridae (100%) et le genre Cleopatra. Les mollusques ne sont présents que sur le site SW5.
MN_SW12, SW1, MN_SW16 sont les stations les plus peuplées en macroinvertébrés et concentrent 71% de l’entomofaune de la zone d’étude avec des abondances relatives respectivement de 33%, 20% et 18% des macroinvertébrés. Le site SW7 est le moins peuplé en macroinvertébrés avec seulement 4% d’abondance relative.
S’agissant des paramètres physiques, le pH des sites varie de 7,06 (SW1 et SW8) à 7,34 (SW5) ; ce qui indique que les plans d’eau ne sont pas acides. Le pH des sites est favorable à la prolifération de la majorité des macroinvertébrés.
La Température (T°) varie de 28,53°C (SW7) à 29,33°C (SW12) autour d’une moyenne de 29,0°C avec un écart type de 0,32. Cela indique des eaux relativement chaudes. La température des sites n’est pas un facteur bloquant pour les macroinvetébrés tropicaux de la zone.
L’Electroconductivité (EC) est faible avec des valeurs comprises entre 36,0 µS/cm (SW7) et 68,3 µS/cm (SW16). La moyenne est de 61,4 µS/cm pour un écart type de 12,71. Quant à l’Oxygène Dissout (OD), exprimé en pourcentage de saturation, il varie de 17,2 % (SW7) à 25,5 % (SW16) autour d’une moyenne de 22,9 % avec un écart type de 3,74. La Demande (Biochimique) en Oxygène (DO ou DBO) des sites varie de 0,8 ppm (SW7) à 7,2 ppm (SW5) autour d’une moyenne de 2,62 ppm avec un écart type de 2,29.
Du point de vue de la diversité, la zone d’étude offre des peuplements peu similaires (un maximum de 41% de similarité). Les plus hautes similarités sont notées entre MN_SW16 et SW1 (41% de similarité) ; MN_SW16 et MN_SW12 (37% de similarité). MN_SW16 et SW7 (33% de similarité). SW8 et MN_SW12 (16% de similarité) ; SW7 et MN_SW12 (21% de similarité) ; SW7 et SW1 (21% de similarité) présentent les peuplements les plus dissemblables.
Au regard des indices de diversité β (Shannon, Simpson, Régularité), les sites MN_SW16, SW5 et SW7 ont des peuplements assez diversifiés, équilibrés et stables alors que les sites MN_SW12 et SW8 abritent une faune peu diversifiée et assez contrastée. Quant au site SW1, il abrite une entomofaune peu diversifié et contrasté.
En toute saison, les insectes dominent les macroinvertébrés de la zone d’étude mais ils sont plus nombreux en saison humide période durant lequel ils concentrent 99,66% des peuplements contre 87% en saison sèche. Les autres classes ont une présence marginale et représentent moins de 10% des macroinvertébrés de la zone en toute saison. De façon globale la saison sèche offre une meilleure diversité entomofaunique.
Globalement, la zone d’étude abrite au moins 13 ordres d’insectes dont 54% sont rencontrés en saison sèche contre 100% en saison humide ; d’où un taux de similitude de Jaccard de 54% entre la saison sèche et la saison humide.
Au regard des indices SASS5, SW8 a une eau de bonne qualité et MN_SW16 une eau d’assez bonne qualité. Quant aux sites SW1, MN_SW12 et SW5, ils ont une eau de qualité moyenne. Seul SW7 est classé de mauvaise qualité par la SASS5. Ces résultats de la SASS5 sont similaires à ceux obtenus avec les indices IBGN pour tous les sites à l’exception de SW7 lequel est classé de qualité moyenne par l’IBGN.
Concernant, l’indice SASS5, il est plus faible en saison humide sur toute l’étendue de la zone mais cette situation semble être liée aux problèmes d’échantillonnage ou d’identification des taxons de base.
Globalement, la physionomie de la répartition structurelle des peuplements dans la zone d’étude changent en fonction des saisons du fait de l’existence de comportements hydrodynamiques de nature biologique au sein des macroinvertébrés comme, par exemple, la reproduction.
La zone d’étude n’héberge aucun macroinvertébré vulnérable ou menacé au sens de l’IUCN et, par ailleurs, aucune espèce exotique envahissante n’a été répertoriée dans la zone par des études antérieures.
En tout état de cause, les activités humaines incontrôlées telles que l’agriculture et l’orpaillage artisanal constituent une réelle menace sur la qualité des eaux et la prolifération des macroinvertébrés. C’est pourquoi, des mesures conservatoires de sauvegarde de l’intégrité des plans d’eau de la zone du projet devraient être mises en place avec une forte implication des populations locales. Dans cette perspective, la sensibilisation et la formation des populations locales devraient occuper un rôle de premier plan.
Il serait aussi intéressant de faire le relevé des données biochimiques et microbiologiques en saison sèche et en saison humide et d’établir la carte d’identité écologique des sites.